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Parité euro/dollar : une bonne ou une mauvaise nouvelle pour notre économie ?

Salla GUEYE

L’euro est passé, depuis mardi 23 août, sous le seuil de la parité avec le billet vert, cotant 0,9901 dollar, soit son plus bas niveau depuis le 29 novembre 2002. Une situation qui n’est pas sans impacts négatifs sur les économies de l’Afrique subsaharienne, notamment celle sénégalaise, ont alerté les autorités financières.

Les nuages s’amoncellent au-dessus de l’économie européenne. Après un coup de frein des indices des directeurs d’achats au mois d’août, la monnaie européenne continue d’évoluer sous la parité avec le dollar. Au plus bas depuis 20 ans, l’euro a remonté brièvement face au billet vert mardi soir et mercredi, sans vraiment retrouver de la vigueur. Depuis le début de l’année, il affiche une baisse de 12,5 % face au dollar. Au 1er août déjà, une unité de la monnaie européenne s’échangeait à 1,027 dollar, soit 639 F Cfa.

Mais cette situation n’épargne guère le Franc Cfa, qui est, aujourd’hui, arrimé, note le Ministère des Finances et du Budget, dans son dernier bulletin de veille et d’intelligence économique du 24 août 2022.

« Le changement de rapport de force entre les deux puissantes devises occidentales pourrait avoir un impact non négligeable sur des économies comme celle du Sénégal. La chute de l’euro par rapport au dollar devrait, par exemple, améliorer la compétitivité prix des biens exportés par le Sénégal, dans un contexte de hausse des cours des matières premières ».

Toutefois, elle alourdirait la facture des importations. Et, selon toujours le document, le renchérissement de ces dernières impacterait négativement la balance commerciale et entrainerait un amenuisement des réserves de change communautaires (les réserves de change de la Bceao ont chuté de 6,6 mois d’importation de biens et services à 5,2 mois d’importation au premier semestre 2022) ainsi qu’une augmentation du niveau général des prix, par le canal de l’inflation importée.

Pire, « cette situation pourrait engendrer des crises alimentaires ». De plus, « un alourdissement de 13,5% du service de la dette libellé en dollar est attendu en un an, suite aux pertes de change ».

Il est cependant à noter que la stratégie d’endettement du Sénégal, marquée par une réduction de la part d’endettement en dollar au profit de l’euro, a considérablement réduit l’exposition du pays au risque de change, rassure le ministère des finances, qui soutient que « les services compétents de gestion de la dette publique sénégalaise ont, de même, intégré dans leurs scénarios plusieurs hypothèses, dont une dépréciation vis-à-vis du dollar de 30%, dans une démarche proactive ».

Les raisons  de la chute de l’euro

Le document relève que la récente consolidation du dollar par rapport à l’euro peut être expliquée par plusieurs facteurs. D’abord, des éléments d’ordre structurel, essentiellement liés à la composition de la zone euro et au rôle prépondérant du dollar dans le commerce international. Ensuite, des facteurs conjoncturels qui ont occasionné des fluctuations de l’économie mondiale, en rapport avec la situation géopolitique actuelle. En effet, la première cause de la chute de l’euro par rapport au dollar serait la conjugaison de l’ampleur et de la disparité des niveaux d’endettement de la zone euro. Même si le taux d’endettement des Etats-Unis (125% du pib) est supérieur à la moyenne de la zone euro (95,6% du pib), cette dernière reste élevée et cache une disparité importante entre pays, perceptible à travers un ratio dette sur pib de près de 150% en l’Italie contre 60% pour l’Allemagne. Cette hétérogénéité de niveau d’endettement, donc de solvabilité compte tenu du resserrement de la politique monétaire et de l’augmentation du «spread», provoque une fuite monétaire de l’euro vers le dollar qui devient, ainsi, une valeur refuge. La devise américaine est, notamment, préférée par les investisseurs et davantage utilisée en tant que réserve de change des banques centrales (59% en 2021, selon le Fmi). Par ailleurs, la cotation de la plupart des matières premières, particulièrement le pétrole, en dollar, fait mécaniquement augmenter la demande de cette devise et donc sa valeur par rapport aux principales monnaies concurrentes. D’un point de vue conjoncturel, la guerre russo-ukrainienne a concouru à la chute de la monnaie commune européenne (-9,11% depuis le début de la guerre).

Les services du Ministre Abdoulaye Daouda Diallo rappellent également que les sanctions sur la Russie ont, en effet, raffermi les prix de l’énergie et provoqué un choc négatif sur la balance courante des pays européens ainsi qu’une pression à la baisse de l’euro. L’Allemagne a, dans ce cadre, connu son premier déficit commercial depuis sa réunification. Dans ce contexte de forte inflation en zone euro et aux Etats-Unis, la Fed a été plus réactive en relevant ses taux directeurs à plusieurs reprises à partir du mois de mars 2022, jusqu’à atteindre un niveau sans précédent depuis 1994. La différence de taux d’intérêt qui en a découlé a participé au renforcement du dollar vis-à-vis de la monnaie européenne.

En outre, la crise de confiance notée en zone euro a négativement impacté la devise européenne. Elle découle, en partie, de la non-optimalité de la zone monétaire, caractérisée par une absence de convergence budgétaire qui a créé des dissensions entre Etats européens, particulièrement sur la question de la dette publique que certains pays ont creusée durant la période du covid-19.

 

Avec le soleil

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