A la UneÉconomie

Qui est Pathé DIONE, le discret homme d’affaires sénégalais qui vient d’acquérir la BICIS…

L’acquisition par Sunu Groupe ce 28 juillet de 54% du capital de BICIS Sénégal est ce qu’on peut considérer, comme le fait économique de l’année au Sénégal. Le Sénégalais Pathé DIONE vient ainsi de marquer l’histoire.

En Afrique, on voyait d’habitude des groupes marocains quand on parlait de rachat de banques françaises, mais cette fois-ci, c’est un Sénégalais qui de par ses efforts, vient de montrer la voie aux grands champions de l’économie.

Pathé DIONE, un parcours hors du commun. 

Après l’obtention de son doctorat en Economie à l’université de la Sorbonne et un passage à l’école des Assurances de Paris, il est embauché par CIGNA Corporation qu’il représente en Côte d’Ivoire à travers sa filiale COLINA. En 1984, il occupera la fonction de Directeur Afrique de l’Union des Assurances de Paris jusqu’en 1997. En 1998, il décide de créer avec d’anciens collaborateurs, un groupe panafricain au service du continent SUNU. Une entreprise présente aujourd’hui dans 16 pays de l’Afrique de l’ouest et du centre avec plus de 200 milliards de francs cfa de chiffre d’affaires.

Un financier sénégalais discret et efficace 

Âgé aujourd’hui de 81 ans, Pathé DIONE a débarqué il y a plus de quarante ans en France où il a construit sa carrière professionnelle. Cette dernière a commencé par l’enseignement des mathématiques, jusqu’au début des années 1970. Mais alors qu’il revient du Tchad, où il a travaillé pendant cinq ans dans le cadre de la coopération, le jeune homme décide de reprendre des études d’économie à l’université Panthéon-Sorbonne, qui le conduisent à une maîtrise et à un DEA, prolongés par une thèse de doctorat en 1980.

Entre-temps, en 1972, il a décroché un job aux Mutuelles du Mans. Un nouveau domaine d’activité auquel il prend goût rapidement, même s’il n’y exerce encore que des tâches subalternes. Ses employeurs l’encouragent donc à acquérir une formation spécifique. Ce sera l’École nationale d’assurances puis le Centre des hautes études d’assurances de Paris, qui forme des cadres de direction.

Au sortir de cet établissement, en 1979, il est embauché par un groupe américain, Cigna Corporation, qui le dépêche l’année suivante en Côte d’Ivoire pour y créer une filiale, Colina, qui non seulement existe toujours, mais est aussi, aujourd’hui, le principal concurrent de Sunu sur son marché africain.

Un Spécialiste des comptes

Pathé Dione n’est pas homme à oublier ses dettes. Il en a une à l’égard d’Yvette Chassagne, alors présidente de l’Union des assurances de Paris (UAP), qui, en 1984, le recrute comme Directeur pour tout le continent africain. Une responsabilité que Pathé assume jusqu’en 1997, après qu’UAP eut été absorbée par Axa. « C’est là, confie-t-il à Jeuneafrique, que je suis tombé sur un homme extraordinaire, Claude Bébéar. Il m’a pris en sympathie tout en manifestant une certaine reconnaissance pour le travail effectué. »

Comme l’Afrique ne faisait pas partie des priorités d’Axa, qui a surtout des visées sur l’Asie, une idée germe dans la tête de Dione. Pourquoi ne pas créer une nouvelle société qui reprendrait les filiales africaines de l’ex-UAP ? Non seulement Claude Bébéar accède à sa demande, mais il accepte, en plus, d’apporter son assistance technique à Sunu, qui voit officiellement le jour en 1998. Immédiatement, les banques acceptent de lui prêter de l’argent. La qualité des relations que Pathé entretient avec le système bancaire, aussi bien en Europe qu’en Afrique, où il travaille en étroite collaboration avec des établissements tels qu’Ecobank et la Bank of Africa (BOA), est sans doute la clé de sa réussite. Ses liens avec les établissements financiers sont tels qu’il vient d’ailleurs d’être nommé administrateur dans la filiale ivoirienne de BNP Paribas.

Aujourd’hui, le groupe Sunu s’est étoffé, jusqu’à rassembler quinze compagnies, dont quatre dans la seule Côte d’Ivoire. Assisté d’une petite équipe de quatre personnes, Pathé Dione suit de près leurs opérations depuis la France, mais ne les dirige pas directement. Chacune d’entre elles a son directeur et son conseil d’administration. Précision d’importance : la quasi-totalité du staff, soit près de 800 collaborateurs, salariés et commerciaux exclusifs, est africaine. Le holding a clos son exercice 2007 avec un chiffre d’affaires de 78 millions d’euros et un bénéfice net distribuable de 5,4 millions d’euros. L’essentiel de ce résultat est consacré au désendettement de la société, qui sera achevé en 2011.

Les hasards de la vie ont fait que « Pat » – comme le surnomment ses amis – s’est établi à Saint-Maur-des-Fossés, coquette cité de la banlieue parisienne nichée dans une boucle de la Marne, où Senghor a enseigné à la fin des années 1930.

De son père militaire, décédé, que ses affectations ont conduit aux quatre coins de la planète, Dione a hérité le goût pour les voyages. Avec son épouse, Marie-Reine, d’origine nigérienne, il part régulièrement à la découverte de nouvelles contrées. Mais pour le reste, il faut le dire, l’ancien prof de maths mène une vie très rangée.

Dix ans après le lancement de Sunu, Pathé Dione tire les premiers enseignements de son expérience. Il a notamment démontré que l’épargne existe bel et bien au sud du Sahara, et qu’elle peut être collectée. Le problème est plutôt dans le manque de places financières permettant d’investir dans des valeurs mobilières, selon lui. Ce qui n’empêche pas les sociétés de son groupe de gérer 200 millions d’euros d’actifs, entre les souscriptions d’emprunts d’État, l’achat d’obligations ou encore les prêts à des entreprises. Identifié comme un groupe d’assurance vie, Sunu compte développer, à l’avenir, son activité dans le domaine du dommage. Une extension au marché anglophone est également au programme, souligne Jeuneafrique dans un article publié en 2008.

Ce 28 juillet, Pathé DIONE et son groupe ont acquis 54% des parts de la Banque Internationale pour le Commerce et l’Industrie du Sénégal (BICIS). Une opération inédite.

« En nous confiant une de ses filiales majeures le Groupe BNP Paribas confirme à ses clients, ses partenaires et ses collaborateurs qu’ils peuvent compter sur un groupe panafricain de référence dons les services financiers. Forts d’une expertise de près de 25 ans en Afrique, nous avons démontré notre leadership dans l’assurance dans 17 pays et avons acquis il y a quatre ans une banque au Togo. Notre objectif premier est d’offrir des solutions financières complètes avec un réseau de banques et de sociétés d’assurances plus proche des entreprises et des populations. La BICIS est une belle opportunité de réaliser cette ambition au Sénégal et dans la sous-région » a déclaré Pathé Dione, Président et Directeur Général du Groupe SUNU.

Reste qu’avoir construit un groupe d’une telle envergure ne suffit pas à Pathé Dione. Il veut aussi en assurer la pérennité. Son objectif est en voie de réalisation depuis que son fils aîné, Karim, 32 ans, diplômé de HEC Montréal, l’a rejoint l’an dernier. Avec Sunu, l’une de ses filles a monté, quant à elle, une société de microfinance au Sénégal. Alors Pathé se prend à espérer que ses trois autres enfants, à commencer par la cadette, qui poursuit des études d’expertise comptable, marcheront eux aussi sur les traces de leur père.

 

 

 

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page