Économie

Scandale à Shelter Afrique: Financial Afrik signe et persiste

Adama Wade

Les articles publiés récemment par Financial Afrik sur le dossier du scandale qui secoue Shelter Afrique reposent sur les faits et rien que les faits intervenus au niveau de cette institution panafricaine. Financial Afrik maintient la véracité des éléments rapportés et réaffirme la rigueur de sa démarche strictement professionnelle et ses investigations journalistiques recoupées et vérifiées conformément à la déontologie universelle en la matière.

C’est dans cet esprit que nous souhaiterions revenir sur les faits saillants ayant émaillé ce scandale suite au communiqué de Shelter Afrique du 4 janvier 2022 co-signé par le fraîchement élu président du Conseil d’Administration (M. Kiiza BITCHETERO, Représentant Résident de Africa-RE au Kenya) et le président du Comité Audit Risques et Finances (ARF) du Conseil d’Administration, le Secrétaire d’Etat au Logement du Kenya, M. Charles MWAURA.

Ce communiqué de Shelter Afrique ne remet en cause aucun fait avancé par Financial Afrik. Ni le prêt hors normes accordé au DG, encore moins le changement du PCA ou encore les montants des décaissements frauduleux ou la gestion chaotique des ressources humaines annoncés par le lanceur d’alerte, confirmés par une enquête indépendante et rapportés par Financial Afrik.

Notre objectif et notre rôle en tant que  média panafricain, indépendant et spécialiste de  la finance africaine, est d’informer en toute objectivité l’opinion publique africaine, les actionnaires et les partenaires sur les dysfonctionnements relevés dans la gestion de Shelter Afrique et qui continuent à être observés sans que des mesures fortes ne soient prises par le Conseil d’Administration et in fine par les actionnaires afin de redresser la barre de ce bateau qui risque de chavirer à tout moment.

Principales préoccupations dénoncées par le lanceur d’alertes 

Dès le mois de janvier 2021, le lanceur d’alertes a attiré l’attention des membres du Conseil d’Administration sur les pratiques frauduleuses et de mauvaise gestion en général et en se focalisant principalement sur 3 transactions en particulier : i) Rugarama (Rwanda), ii) Othaya Road (Kenya) et iii) Pine City (Kenya)) ainsi que la gestion chaotique des ressources humaines et la sélection de l’administrateur indépendant. Lire notre article sur le sujet avec les réactions du Directeur Général et du PCA.

Enquête PKF sous l’autorité du Comité ARF

Les alertes ont été soumises au Conseil d’Administration en parfaite conformité avec la politique de lanceur d’alerte. Après de longues hésitations et des débats houleux entre les administrateurs et l’ancien président du Conseil d’Administration (Dr. Steve Mainda), une enquête a été commise par le comité ARF du conseil d’administration.

Il est à noter que contrairement aux dispositions de la politique en la matière, qui fait obligation à celui ou celle qui a connaissance de violations à la conformité de les dénoncer, la protection qui est assurée au lanceur d’alerte ne lui a pas été offerte. En effet, celui-ci a été poussé vers la sortie par le directeur-général alors que les véritables auteurs des malversations dénoncées et confirmées par l’enquête PKF sont toujours en poste. Drôle d’application des recommandations !

Rapport PKF et recommandations du Comité ARF

PKF, dans son rapport d’investigation remis au conseil d’administration en juin 2021, a confirmé les allégations faites par le lanceur d’alerte. Il a ainsi confirmé des paiements frauduleux et non-autorisés d’environ 5 millions de dollars, une politique de gestion des ressources humaines chaotique et désastreuse et l’absence de contrôles internes efficaces. Ledit rapport a formulé plusieurs recommandations dont la plupart n’ont pas été à ce jour mises en œuvre et appliquées.

Il convient de rappeler ici que, selon l’enquête PKF, les montants en jeu dans ces différentes affaires (5 millions de dollars US), correspondent aux contributions au capital combiné des 7 pays suivants en 2021 : Swaziland, Rwanda, Togo, Mali, Ouganda, Côte d’Ivoire et Cameroun. Certains ont des représentants au conseil d’administration (Cameroun, Togo et Mali) tandis que le Cameroun assure la présidence du bureau du conseil des gouverneurs en la personne de la ministre de l’Habitat et du Développement Urbain, la très active Madame Célestine Ketsha Courtes.

Première décision forte : le limogeage du PCA

La première des mesures correctives prises par le Conseil d’Administration a été le limogeage du PCA intervenu (coïncidence sûrement) dans la foulée de la publication des articles de Financial Afrik. Et c’est notre journal qui a révélé au public l’information sur le changement du PCA fait en caimini. Lire notre article.

Suite ?

La question qui se pose maintenant, après le limogeage en catimini du PCA, est de savoir quelles sont les autres mesures correctives fortes que le conseil d’administration va prendre pour rectifier le tir et remettre l’institution en ordre de marche et notamment si les recommandations du rapport PKF endossées par le comité ARF vont être appliquées sans réserves?

Pour une institution qui vient de célébrer ses 40 ans d’existence, il est grand temps que Shelter Afrique, après moult crises, trouve une solution à ses problèmes de gouvernance.

Précédents dans les institutions financières internationales (IFIs) ?

Les institutions financières internationales qui ont eu à traverser des crises de gouvernance et opérationnelles similaires à celle que vit en ce moment Shelter Afrique ont dû prendre des mesures fortes pour rectifier le tir et remettre les pendules à l’heure. A titre d’exemple, lorsque en 2007, la Banque Mondiale a été secouée par une crise, le conseil d’administration a dû prendre plusieurs mesures importantes pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise. Il a notamment demandé et obtenu la démission de son président Paul Wolfowitz.

De même, pour lutter contre les actes similaires à ceux révélés par le lanceur d’alerte et confirmé par l’enquête de PKF, les grandes institutions financières internationales (BM, BEI, BAfD, BAsD, EBRD, etc.) ont élaboré et mis en œuvre des politiques plus rigoureuses et plus robustes en matière de protection des lanceurs d’alerte et de bannissement des prestataires de services ou fournisseurs de biens complices de transactions frauduleuses. Ces politiques sont parmi les pierres angulaires de la lutte contre la corruption et autres malversations financières.

Shelter Afrique ne peut faire l’économie de telles politiques au vu de son rôle stratégique et de son potentiel qui n’a pas encore été réalisé jusqu’à présent.

Exigence de transparence

Les institutions financières internationales, du fait de leur rôle moteur dans le développement économique et des ressources qui leur sont allouées par les Etats membres, et de ce fait par leurs contribuables, sont dans l’obligation d’adopter et de souscrire aux standards de transparence les plus rigoureux.

Les contributions croissantes au capital de Shelter Afrique au titre des 3 derniers exercices (2019, 2020 & 2021) sont une indication de l’importance stratégique de l’institution pour ses membres et créent une obligation encore plus grande de conformité. Gérer ces fonds «en bon père de famille» et une tolérance-zéro aux manquements à la conformité doivent constituer une règle absolue.

Les dotations en capital ainsi reçues doivent être utilisées à bon escient et uniquement pour la réalisation des objectifs de l’institution financière panafricaine et ce dans le plus strict respect des principes de conformité. Leur diversion dans des transactions non conformes et autres actes de mauvaise gestion doivent être sanctionnés de la manière la plus sévère. La tolérance à ces manquements serait gravement préjudiciable au contribuable africain.

Du rôle de Financial Afrik

Le rôle des médias est de poser les questions pertinentes là où il y a des problèmes et de célébrer les succès quand il y en a. Nous ne traitons pas de scoops mais d’informations ayant une utilité sociale.  Financial Afrik respecte et applique le principe selon lequel les Africains et leurs institutions financières telle que Shelter Afrique ne doivent pas attendre les injonctions des médias ou des partenaires internationaux et en particulier occidentaux pour agir et réagir.

En effet, informer utile est une vertu cardinale que les médias africains doivent adopter et faire prévaloir pour encourager, voir exiger l’application des standards de bonne gouvernance les plus rigoureux. C’est une condition indispensable pour l’établissement d’un cercle vertueux pour le développement économique et social du continent.

Shelter Afrique étant une institution phare d’un secteur-clé de l’économie continentale, il est de la responsabilité de son Conseil d’Administration, voire de ses actionnaires, de prendre les mesures idoines nécessaires pour redresser la barre.

Le continent a un retard important à rattraper et il est primordial de se hâter pour offrir à ses filles et fils, les conditions de vie décentes et des opportunités pour faire valoir leurs talents et leur ingéniosité qui font légion en Afrique et dont on est très fiers.


FinancialAfrik

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